Le Centre En-Vol, un espace pluridisciplinaire

Par Françoise Dessy, coordinatrice du Centre En-Vol

 

Si vous lisez cette newsletter, vous n’êtes probablement pas sans savoir, qu’à côté de l’asbl En-Vol  Info existe le Centre En-Vol, espace pluridisciplinaire au sein duquel  fonctionnent seize prestataires de soins, tous indépendants les uns des autres mais en continuelle interaction les uns avec les autres.

 

Cela fait maintenant un peu plus de huit ans que le Centre existe. A l’origine, bien sûr,  le souhait de partager des points de vue et de contribuer ensemble à un but commun, l’épanouissement de la personne, qu’il s’agisse d’un adulte, d’un jeune ou d’un enfant, mais surtout la conviction que cet épanouissement ne peut se construire qu’au travers d’une prise en compte des différentes facettes qui constituent l’être humain et qui interagissent en permanence entre elles.

 

Il nous semblait dès lors intéressant, à ce stade du chemin parcouru ensemble, de se poser, et de réfléchir à la pertinence d’une telle démarche, c’est-à-dire à la légitimité d’une approche multidisciplinaire au sein de laquelle se côtoient des disciplines  qui, au premier abord, pourraient sembler fort éloignées les unes des autres.

 

C’est à cette réflexion que nous vous convions dans les lignes qui suivent.

 

Où se situe, en fin de compte, l’intérêt d’un travail en équipe pluridisciplinaire ?

 

L’approche multidisciplinaire trouve sa légitimité à la fois dans la littérature et dans la pratique quotidienne.

Si nous repartons de la définition de l’équipe telle que nous la trouvons dans la littérature, nous relevons des concepts tels qu’engagement et communauté d’action qui implique qu’il y ait complémentarité d’action. L’équipe est en fait une coopération de professionnels différents qui ont comme objectif une réalisation commune. Trois éléments nous paraissent dès lors essentiels : la notion même de « différence », celle de « coopération » et celle de « réalisation commune ». En effet, la pluridisciplinarité fait référence en premier lieu à la « coexistence de différences » qui s’expriment au travers d’un langage propre à chacun. Ainsi, par le fait même que les manières d’aborder les situations sont différentes pour chaque membre de l’équipe,  le groupe est à l’origine d’une autre perception de la situation en présence. Cette notion implique automatiquement la reconnaissance par le thérapeute de ses limites. Il est en effet primordial, quelle que soit la problématique en question et dans le respect de la place de chaque individu au sein de l’équipe, de pouvoir accepter que nous n’en considérons jamais qu’une facette et que celle-ci doit être resituée dans un cadre plus global. Nous en arrivons ainsi à la notion de « coopération » qui implique celle de soutien mutuel et d’articulation des approches les unes par rapport aux autres. Des auteurs parlent d’« interculturalité professionnelle » dans laquelle se trouve l’idée de rencontre entre les intervenants. Cette rencontre tend à une « réalisation commune », puisque l’équipe n’existe pas s’il n’y a pas d’orientation de tous vers un but.

 

Comme le dit Antoine de la Garanderie, c’est dans l’échange et par l’échange que la réflexion s’élabore ; c’est la présence de l’autre qui amène les interrogations. Il apparaît ainsi qu’il s’agit dans une telle démarche d’une relation de réciprocité entre les individus et le groupe : l’équipe se nourrit de la différence entre les intervenants mais à l’inverse c’est le groupe qui suscite la réflexion des membres, ceci afin de pouvoir avancer ensemble vers l’objet commun, rencontrer la personne accueillie de la manière la plus riche et la plus appropriée possible dans sa spécificité et dans ses besoins.

 

Et dans la pratique ?

 

Notre équipe de thérapeutes travaille donc dans une vision holistique de l’être humain, c’est-à-dire dans une vision de la personne considérée dans sa globalité et non pas uniquement par rapport au seul trouble qu’elle présente. Elle est ainsi considérée en tant qu’organisme complexe constitué de plusieurs dimensions, physique, mentale et émotionnelle, qui interagissent. La santé consiste dès lors en un état d’équilibre interne mais également de l’individu avec son environnement.

 

Dans notre pratique quotidienne, les exemples de l’intérêt de prendre en compte ces trois dimensions par l’interaction d’approches différentes mais complémentaires foisonnent.

 

Ainsi en est-il des troubles de la voix. N’est-ce pas un des domaines par excellence de la logopédie où se mêlent physique, cognitif et émotionnel bien souvent sans que la personne concernée en soit consciente? Après un bilan phoniatrique précis mettant en lumière le diagnostic, la logopédie prendra le plus fréquemment une place centrale au travers des techniques spécifiques qui constituent l’expertise de la/du praticien(ne). Cependant, l’efficacité de ces techniques sera souvent limitée sans le rétablissement d’un équilibre postural adéquat et d’une mobilité tissulaire satisfaisante. Nous entrevoyons ici les rôles importants que sont parfois amenés à jouer le posturologue et l’ostéopathe. Sans compter l’émotionnel qui peut lui aussi venir mettre son grain de sel et entraver la démarche thérapeutique. Ne dit-on pas que la voix est le miroir de l’âme ?

 

Un autre exemple notoire est la rééducation myofonctionnelle proposée parallèlement à l’intervention d’un orthodontiste et qui consiste à retrouver un équilibre sur le plan des différentes fonctions buccales.  Cet équilibre ne peut bien souvent être le résultat que d’une action conjointe de la logopède, de l’ostéopathe et du posturologue qui, ensemble, vont favoriser l’optimisation des effets des traitements proposés par ailleurs dans un esprit de coopération et de complémentarité.

 

Que dire de tous ces jeunes qui arrivent en consultation démotivés par le scolaire, croulant sous une masse d’échecs et de remarques plus négatives les unes que les autres ? Alors, bien sûr, nous allons nous occuper du cognitif car tel  est souvent leur premier souci, réussir et rester coûte que coûte dans le circuit conventionnel. Mais comment aborder le cognitif sans avant tout ou tout au moins parallèlement les accompagner sur les plans émotionnel et  relationnel ? Sans les aider à retrouver cette étincelle cachée au plus profond de leur être intérieur et qui permettra de les réconcilier avec cette part d’eux-mêmes qu’ils ont tendance à diminuer voire à nier ?

 

Les exemples pourraient être multipliés, dans lesquels psychologues, neuropsychologues, logopèdes, posturologues, ostéopathes et bien d’autres, travaillent de concert dans un but commun : l’épanouissement de la personne.

 

Aucun thérapeute ne détient LA vérité. Aucun thérapeute ne peut sortir de son chapeau une quelconque baguette magique sensée produire LA solution. C’est à la seule personne concernée que celle-ci appartient. C’est avant tout dans son écoute, dans la reconnaissance de ses besoins, en la considérant là où elle est que les pistes de solution émergeront et que les thérapeutes pourront l’accompagner ensemble un bout de chemin, avec leurs qualités et leurs défauts, mais toujours dans un souci de dialogue, de réflexion, d’empathie et d’honnêteté.

 

Sources théoriques

Conrath, P. (2006). Vous avez dit pluridisciplinarité ? Le Journal des psychologues, 9 (242), 43-46. doi : 10.3917/jdp.242.0043

Goury, S. (2008). Pluridisciplinarité? Quelle réalité ? Vie sociale et traitements, 3 (99), 71-76. Doi : 10.3917/vst.099.0071

La Garanderie, A. (2011). Une pédagogie de l’entraide. Lyon (France) : Chronique Sociale.

Leduc, F. (1986). Les médecines douces : alternatives ou compléments à la médecine traditionnelle. Santé mentale au Québec, 11 (2), 160-174. Doi : 10.7202/030356ar

Mucchielli, P. (1980). Le travail en Équipe. Paris (France) : Éditions E.S.F.

Sanson, K. (2006). Pluridisciplinarité : intérêt et conditions d’un travail de partenariat. Le Journal des psychologues, 9 (242), 24-27. Doi : 10.3917/dpj.242.0024