Mon enfant est-il addict aux jeux vidéos ?

 

par

 Hugues PIERRARD

Psychologue comportementaliste

 

Une des grandes peurs des parents est certainement la question de savoir si leur enfant est dépendant aux jeux vidéo. Est-ce que toutes ces heures passées à jouer devant un écran ne vont pas le rendre malade et complètement accro aux jeux ? Ne sachant plus rien faire d'autre que de s'adonner à la pratique du jeu virtuel, mon enfant va-t-il pouvoir s'intégrer dans la vie ? Ne va-t-il pas s'isoler ? Toutes ces questions bien légitimes se posent à différentes étapes de la vie d'un enfant et d'un adolescent. Les réponses ne sont pas toujours aisées à apporter car la réalité est toujours plus complexe qu'il n'y paraît.

 

Problème générationnel

 

La plupart du temps, les parents qui arrivent en consultation ne savent pas (ou peu) décrire exactement les jeux qui passionnent leurs enfants. Souvent, ils n'en connaissent pas les tenants et les aboutissants, ils ne savent pas s'ils jouent seuls ou avec d'autres, s'ils jouent sur internet ou pas. Ainsi, autant les parents questionnent facilement un livre ou un jeu de société, autant ils seront désarmés, voire parfois caricaturaux, devant le phénomène des jeux vidéo. Permissivité, laxisme ou au contraire, autoritarisme, seront au rendez-vous. La méconnaissance du phénomène amènera à prendre des décisions qui n'apporteront rien à l'enfant et à son bien-être.

C'est pourquoi, avant toute chose, il est bon de rappeler qu'un phénomène, même s'il inquiète, mérite qu'on s'y attarde afin de mieux le connaître. En tant que parents, nous devons nous poser la question de l'utilité et du bien-fondé d'une activité dédiée à nos enfants et ce, quel que soit l'apriori que nous pouvons avoir. La première étape est donc de comprendre et de se mettre à la place de l'enfant ou de l'adolescent. Ce travail de compréhension permet de s’approprier un concept afin de l’utiliser correctement. Sans ce travail de compréhension, il n’y a pas de dialogue, d’échange possible.

Il est donc plus qu’utile de prendre le temps de s’asseoir à côté d’un enfant qui pratique les jeux vidéo, de lui poser des questions, de participer avec lui, de lui montrer un intérêt bienveillant, sans jugement, afin d’ouvrir un dialogue.

L’empathie, qui est le moteur de la communication non-violente chère à Marshall Rosenberg, permet de rentrer en contact de manière efficace. Cette première étape est nécessaire et permettra alors d’ouvrir de réelles perspectives d’actions positives.

 

Excès et dépendance aux jeux vidéo

 

Attention, s'il peut y avoir excès dans l'utilisation et l'usage des jeux vidéo, cela n'entraîne pas nécessairement une addiction au sens de la dépendance. Ces comportements excessifs sont le plus souvent des révélateurs d'autres problématiques qui se seraient exprimées autrement. Nous avons tous connu des enfants s’adonnant à leur passion sportive de manière frénétique et exagérée. Le jeu vidéo n’est qu’une opportunité pour le jeune car il est facilement accessible et présent dans pratiquement tous les foyers. Le but, en tant qu’éducateur ou psychologue, est de chercher ce qui se joue dans cet excès : souffrance due à de la précocité, hyperactivité, difficulté d'expression des émotions, etc.

La consultation peut, dans ce cas, être bénéfique et utile à tous les acteurs.

Si on n'utilise pas le terme "addiction" c'est aussi parce que les effets principaux de l'addiction ne sont pas présents ; à savoir : le sevrage (ou l'effet de manque) et l’accoutumance (fait de devoir augmenter la dose pour obtenir la même satisfaction). Ainsi, un joueur qui pratiquerait tous les deux jours ne sera pas conduit à jouer davantage. Il pourrait bien entendu ressentir le besoin de jouer chaque jour, mais ceci sera comparable à une simple envie. De la même manière, le fait d’arrêter de jouer ne va pas provoquer un sevrage au sens médical du terme.

Par contre, la gestion de cet excès de “consommation du jeu vidéo” est surtout l’occasion pour les parents de repositionner cette compréhension de leurs enfants.

Au-delà de l’empathie, c’est aussi la présentation des émotions et des sentiments qui doit être manifestée de manière claire et objective. Dire à son enfant que cet excès de pratique des jeux vidéo génère une inquiétude pour son bien-être est une première étape nécessaire. Les parents ne sont pas des super-héros. Formuler ses émotions calmement et clairement est important et permet un échange constructif. Ici encore, rencontrer un professionnel de l’enfance, psychologue ou autre, peut être intéressant pour les parents démunis.

 

La communication non-violente pour renouer le dialogue

 

Marshall Rosenberg développa un modèle de la communication non-violente qu’on pourrait aussi appeler “communication efficace”. Dans le cadre d’un excès de pratique des jeux vidéo, ce modèle de la communication permet de proposer des solutions pratiques aux parents en difficulté.

Qu'il s'agisse de clarifier ce qui se passe en soi ou de communiquer avec d'autres, la méthode peut être résumée comme un cheminement en quatre temps :

 

Observation : décrire la situation en termes d'observation partageable. Rencontrer son enfant afin de comprendre le phénomène du jeu vidéo sans le juger.

 

Sentiment et attitudes : exprimer les sentiments et attitudes suscités dans cette situation. Cette expression des sentiments (et des émotions) est importante afin de “cimenter” l’empathie que l’on peut avoir pour l’autre.

 

Besoins : clarifier ses besoins. Savoir ce qu’on veut ici et maintenant.

 

Demande : faire une demande respectant les critères suivants : réalisable, concrète, précise et formulée positivement. Si cela est possible, que l'action soit faisable dans l'instant présent. Le fait que la demande soit accompagnée d'une formulation des besoins la rend négociable.

 

Conclusion

 

Loin de négliger les effets néfastes que peuvent avoir les jeux vidéo sur la vie familiale et la vie en société, il ne faut pas non plus tomber dans la stigmatisation et la peur irrationnelle.

Une première étape importante est donc de comprendre le phénomène face auquel se retrouve tout parent mais aussi, de comprendre l’enfant qui s’adonne à cette pratique.

L’excès de jeux vidéo n’est pas comparable à une addiction, même si parfois, certains parents ont l’impression que leurs enfants “ne font plus que ça”. Il est par contre parfois, l’expression d’un autre mal-être et il est nécessaire d’y être attentif. Attention que tout excès de jeux vidéo n’est pas nécessairement le signe d’un dysfonctionnement. Il faut donc rester conscient et critique face à ce phénomène parfois envahissant.

Enfin, la communication non-violente de Marshall Rosenberg reste une voie à explorer pour résoudre des problèmes de communication entre un enfant fan de jeux vidéo et un parent démuni et inquiet.

 

Dans tous les cas, consulter un professionnel de l’enfance est souvent judicieux et permet de résoudre et de prévenir beaucoup de problèmes.